Faut-il parler anglais quand on est un professionnel de la paie ?

« Dans une économie internationalisée, la pratique de l’anglais est essentielle ». Qui dira le contraire ? En tant que professionnels du recrutement, spécialisés dans les métiers de la paie, nous avons décidé de questionner cette opinion populaire à la lumière de ce que nous constatons au quotidien. L’anglais y est-elle une compétence fortement exigée ? Comment évolue la situation ? Eléments de réponse…

D’un point de vue global, les français peinent en anglais 

Selon une étude de EF Education First (EF), qui compare le niveau d’anglais des adultes dans 72 pays, la France se situe au 29e rang, soit juste devant Hong Kong et le Vietnam. C’est bien en dessous de la moyenne européenne. Les pays nordiques sont sur les 1ères marches du podium.

Etat des lieux de la maîtrise de l’anglais chez les professionnels de la paie

Nos consultants évaluent le niveau d’anglais des candidats. Nous pouvons ainsi disposer de statistiques crédibles. Il nous apparaît ainsi que peu de payeurs parlent anglais couramment.

Parmi les gestionnaires de paie, seuls 17% ont un niveau courant en anglais, autrement dit la capacité de s’exprimer par écrit et par oral (suivre une réunion, communiquer en conférence téléphonique). Les Managers Paie font un peu mieux, puisque 22% d’entre eux détiennent un niveau courant.

44% des gestionnaires de paies et 37% des responsables paie ont un niveau que nous qualifions d’intermédiaire (capables d’écrire et de lire un mail simple, incapables d’échanger oralement, sauf à suivre une formation complémentaire).

39% des gestionnaires de paie ne parlent donc pas anglais du tout, et très peu d’entre eux seraient capables de se lancer, même si on leur propose une formation. Ce chiffre est quasiment le même pour les responsables paie (41%).

La loi Toubon privilégie le français comme langue de travail

Dans le cadre des missions des professionnels de la paie, la langue de travail est le français. Ainsi lorsque le gestionnaire de paie établit un bulletin de paie, rédige un contrat de travail ou traite les informations relatives aux salariés de l’entreprise, il doit obligatoirement le faire en français.

En effet la loi du 4 août 1994, plus connue sous le nom de « loi Toubon » fait du français la langue de la législation sociale. L’article L1321-6 du code du travail impose quant à lui le français dans le cadre de l’exécution du contrat de travail ; « le règlement intérieur est rédigé en français, il en va de même pour tout document comportant des obligations pour le salarié ou des dispositions dont la connaissance est nécessaire pour l’exécution de son travail. »

Idem pour les logiciels de paie

A l’heure de la mondialisation, grande est la tentation pour les entreprises internationale d’imposer des systèmes d’informations en anglais afin de gérer tous les aspects des ressources humaines de manière unifiée.  Là encore, la loi Toubon s’impose ! Tous les logiciels de travail doivent obligatoirement être rédigés en langue française.

Une exception à la règle ?

Seule exception à la règle, lorsque des documents sont « reçus de l’étranger ou destinés à des étrangers », article L. 1321-6 du code du travail. Le français peut donc cohabiter avec l’anglais pour des raisons qui tiennent principalement à la nationalité du salarié ou encore aux impératifs de communication.

Les professionnels de la paie ne sont donc finalement tenus d’avoir recours à la langue anglaise que lors de leurs échanges avec des interlocuteurs étrangers, ou situés à l’étranger.

C’est d’ailleurs bien ce que nous constatons au quotidien, chez PAY JOB. Lorsqu’un client exige la maîtrise de l’anglais pour un poste, il le justifie généralement par des besoins de communication avec des interlocuteurs situés dans les différents pays où se trouvent les filiales, ou la maison mère, du groupe.

Les gestionnaires de paie maîtrisant couramment l’anglais sont-ils très recherchés?

En réalité, ce secteur recrute très peu de professionnels bilingues. Seuls 5% des missions qui nous sont confiées exigent que le candidat retenu dispose d’un niveau d’anglais courant. Idem pour un niveau d’anglais intermédiaire.

Malgré cela, il est particulièrement difficile de recruter un professionnel de la paie lorsque ce critère est exigé, tout simplement parce qu’il vient s’ajouter aux autres critères (maîtrise du logiciel, limites concernant la rémunération, timing du recrutement, maîtrise technique de la paie, et bien sûr les critères de sélection liés aux qualités humaines du candidat).

Comme tout un chacun le sait, il est très difficile de recruter dans les métiers de la paie. Encore plus, donc, quand on cherche un candidat anglophone.

Ce qui est rare est cher

Nous constatons que les professionnels de la paie parlant couramment anglais sont rémunérés 12% en plus que leurs homologues.

Combien gagne un manager paie ? (Partie 2)

Le cabinet de recrutement spécialisé sur les métiers de la paie, PAYJOB, s’est penché sur la question. Notre étude de rémunération offre un aperçu de la rémunération annuelle brute moyenne observée en Ile-de-France auprès d’une population de manager paie. Elle repose sur les informations recueillies et vérifiées par nos consultants lors des entretiens menés avec les nombreux candidats reçus en 2016 (dans le cadre d’une centaine de recrutements réalisés).
On entend par manager paie, toute personne qui encadre au moins un collaborateur paie.

Nous avons voulu aller plus loin dans l’analyse des rémunérations, afin de mettre en avant les principaux chiffres à connaître sur la rémunération des managers paie. Leur rémunération dépend-elle de leur expérience ou plutôt de leur formation ? Est-elle corrélée avec le nombre de collaborateurs encadrés ? La maîtrise de l’anglais est-elle récompensée financièrement?

Nos résultats sont présentés en deux articles. Celui-ci est le second.

1-La rémunération des Managers Paie en fonction du type d’entreprise

Dans notre premier article, datant du 9 mai 2017 (Voir article), nous avons étudié les différences de rémunération en fonction du nombre d’années d’expérience professionnelle et en fonction de la formation initiale des Managers. Nous nous penchons ici sur les différences existant entre les types d’entreprises.

La structure qui emploie le manager paie joue beaucoup sur son salaire. La fonction de manager paie s’exerce soit au sein d’un cabinet d’expertise comptable, d’une société d’externalisation de la paie, d’une PME, mais surtout au sein des grands groupes, qui emploient plus de la moitié des managers paie.

Sans surprise, les grands groupes sont les structures qui rémunèrent le mieux. Cela est surtout marqué pour les profils les plus expérimentés (>10 ans d’expérience), ce qui s’explique par le fait qu’un certain nombre de postes sont alors des postes à très forte responsabilité, pour de gros centres de services partagés notamment.

Les grands groupes proposent également des éléments de package de rémunération supérieurs aux autres structures : intéressement, participation, 13ème mois, etc.

La rémunération proposée par les cabinets d’expertise comptable est supérieure à celle proposée pour des responsables de PME. Cela s’explique par les responsabilités souvent importantes qui sont confiées aux responsables de pôle social de cabinets d’expertise comptable. La gestion de la relation client est particulièrement sensible. Les heures de travail supportées dans ces structures sont souvent très importantes. Enfin, la pénurie de profils y est encore plus forte, ce qui justifie des rémunérations plus élevées.

Plusieurs managers paie y voient l’opportunité d’acquérir une expérience professionnelle très formatrice, avant de rejoindre éventuellement le service interne d’entreprises, même si la passerelle n’est pas toujours facile.

2-Rémunérations en fonction du nombre de personnes encadrées

La rémunération dépend fortement du niveau de responsabilité, ce dernier étant généralement corrélé à la taille du service paie supervisé.

Il semblerait logique qu’un manager gagne davantage s’il manage 10 collaborateurs plutôt que 6. Cependant il convient en réalité de distinguer les situations, là encore, en termes de structures d’entreprise.

Nous observons à nouveau des différences significatives. Par exemple, un manager qui encadre une équipe composée de 5 à 10 collaborateurs gagne 43 000€ dans une PME, 48 000€ dans un cabinet et 50 000€ dans une grande société.

3-Rémunérations en fonction de la maîtrise de l’anglais

Les managers paie bilingues sont une denrée rare. Ils ne sont que 20% à savoir communiquer à l’écrit et à l’oral en langue anglaise.

A notre époque, où nous observons une interconnexion galopante de la gestion des ressources humaines des différentes filiales nationales des grands groupes mondiaux, cette compétence est particulièrement recherchée par les entreprises. Un responsable bilingue peut ainsi espérer être payé en moyenne 5 000€ de plus qu’un confrère ne maitrisant pas l’anglais.

Les sociétés internationales font une vraie différence entre des managers ayant un niveau d’anglais courant et ceux ayant un niveau d’anglais que nous qualifions d’intermédiaire, capables de lire et d’écrire des emails courts mais incapables d’échanger par téléphone avec des confrères étrangers sur des sujets complexes ou de participer à des groupes de travail en anglais.